Appartenance — Fragments 01

Appartenance — Fragments 01

Je m’appelle Mélodie

C’est l’histoire d’une jeune femme, déjà maman d’un petit garçon de 3 ans et mariée au papa de ce petit garçon.

Tous les trois vivaient dans un pays de l’autre côté de l’océan, bordé par la mer.

Cette famille vivait dans un pays méconnu du monde entier, alors qu’il abritait l’un des peuples les plus métissés au monde.

Cette jeune femme s’appelait P.

Et cette jeune femme, c’est ma mère.

À cette époque, je vivais avec elle, dans son ventre.

Je ne voyais ni le paysage ni les habitants, mais j’en avais toutes les sensations.

Ma mère travaillait tous les jours pour subvenir aux besoins de sa famille.

Un jour, sans le savoir à l’avance, ma mère fit la rencontre d’un jeune homme blanc venu de France avec sa maman. Il souhaitait adopter un enfant.

Ce jeune homme n’avait malheureusement pas la possibilité d’avoir des enfants lui-même. Avec cette profonde envie de transmettre ses valeurs et tout l’amour qu’il avait à donner, il décida, avec le soutien de sa maman, de passer par l’adoption.

Il partit donc avec elle et leurs bagages. Ils traversèrent les océans et les continents pour arriver jusqu’à la capitale du pays où ma maman résidait, afin d’entamer les démarches pour adopter un enfant.

À cette époque, la vie était très difficile pour ma maman. Le pays était réputé pour être l’un des plus pauvres au monde et chaque jour était un jour de survie.

Puis, un jour, le jeune homme rencontra la jeune femme et son enfant, puis son mari.

La jeune femme apprit que le jeune homme cherchait un enfant à adopter.

Elle lui proposa alors de lui offrir son enfant à naître.

C’est-à-dire moi.

À ce moment-là, maman était presque à terme.

J’ai appris plus tard que, suivant les traditions de mon pays, pour qu’un enfant soit adopté, il devait être abandonné par ses parents et ses grands-parents. Maman ayant perdu ses parents très jeune, son mari et elle étaient donc les seuls décisionnaires.

Le choix étant fait, maman prit l’avion avec le jeune homme, tandis que la maman de celui-ci resta sur place pour visiter.

Ils traversèrent les océans et les continents et arrivèrent en France.

Le jour de leur arrivée, le jeune homme apprit qu’il aurait une petite fille.

Il fut ravi.

Un jour après, je suis née.

Je m’appelle Mélodie.

La décision étant prise et les papiers signés, maman repartit rejoindre son fils et son mari, de l’autre côté du continent.

Elle traversa les océans pour la dernière fois.

Peut-être.

Ce jeune homme, qui souhaitait de tout son cœur avoir des enfants, je l’appelai Papa.

Et sa maman, qui l’avait soutenu dans sa démarche, je l’appelai Maman Lica.

Nous sommes en 1990.

Et ma vie sur Terre, en tant qu’être humain à part entière, commence.


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